Les jours et les heures passent, au rythme de l’éclair, et sou­vent la sen­sa­tion de ne pas avoir vécu, de s’être fait « dévo­ré » par le temps. Pour­tant, chaque jour pas­sé ne se repré­sen­te­ra plus… Frus­tra­tions, dépres­sion, viennent de cette sen­sa­tion dif­fuse de ne pas se réa­li­ser, de ne pas être dans son axe, mais tiraillé et constam­ment dévié de sa route. La médi­ta­tion peut nous aider à vivre plei­ne­ment l’instant et à se (re)sentir vivant.

Un enfant concen­tré sur son châ­teau de sable, un chat prêt à bon­dir sur sa proie, eux savent, natu­rel­le­ment, être pré­sent.

Pour­quoi est-ce-donc si dif­fi­cile, pour nous autres êtres humains super « évo­lués » d’être dans le moment pré­sent ?

Reve­nir à son être véri­table, « l’être essen­tiel » comme le nomme Graf Dürck­heim, au-delà des sur­ajouts cultu­rels, édu­ca­tifs, et sociaux, voi­là sans doute notre vrai besoin.

Ta vie n’est pas tapie dans l’avenir comme un des­tin ou un fauve mena­çant. Ni cachée dans le ciel comme un para­dis ou une pro­messe. Ni enfer­mée dans ton pas­sé comme dans une pri­son. Elle est ici et main­te­nant : elle est ce que tu vis et fait.

André Comte-Spon­ville

Les freins à la méditation

Nous sommes sou­vent enva­his et mus par le désir, l’aversion, les regrets, le pas­sé ou les objec­tifs futurs. Tous ces états ali­mentent notre men­tal d’une nour­ri­ture à rumi­ner, et nous font sor­tir ain­si de nous-même. Nour­ris­sant notre ego, ils nous main­tiennent dans le pas­sé, ou nous envoient vers le futur. Deux condi­tions qui nous coupent du pré­sent, pour­tant seul moment réel où nous exis­tons vrai­ment.

Quand je mange, je mange. Quand je dors, je dors !

Dic­ton Zen

Expri­mant par-là la recherche du Zen : pas de croyance, mais de l’expérience, et l’at­ten­tion à ce qui est. Cette vision du monde, au-delà de son contexte boud­dhiste, peut nous aider dans la quête de la pré­sence.

Vivre l’instant présent pleinement
est l’objectif  de la méditation !

Et pour cela, nous avons des outils, à dis­po­si­tion, à chaque ins­tant : Il suf­fit de reve­nir à notre corps, notre « outil à sen­tir » le pré­sent. Par les portes de nos sens, nous accé­dons ain­si à la réa­li­té de chaque ins­tant.

Nous avons tous vécus ces ins­tants fugaces de plé­ni­tude, en res­pi­rant le par­fum d’une fleur, en pre­nant l’être aimé dans nos bras, en contem­plant un pay­sage ou en dégus­tant un bon vin. Et goû­té le sen­ti­ment d’être entier, nour­rit, enfin ras­sa­sié. Bai­gné dans un état de féli­ci­té pro­fonde.

Mais com­ment faire durer ces ins­tants fugaces de plé­ni­tude ? Com­ment vivre le plus sou­vent pos­sible dans cet état d’être relié, à soi et au monde ?

Les outils pour méditer

Le prin­cipe est de por­ter son atten­tion sur l’observation de nos sen­sa­tions. Mais si la recette parait simple sur le papier, l’application en est dif­fi­cile ! Parce que notre men­tal  ce vieux singe fou nous coupe constam­ment de nos sens, pour nous entraî­ner dans les méandres sans fin de nos pen­sées.

La médi­ta­tion nous aide à cela. Médi­ter c’est avant tout un entrai­ne­ment à être pré­sent, à soi, à l’instant, aux autres, au monde. La médi­ta­tion per­met, petit à petit, de déve­lop­per une plus grande conscience : le « Shen » de la tra­di­tion chi­noise. Il s’agit de déve­lop­per la lumière à l’intérieur de nous, pour cla­ri­fier notre être de toutes ses sco­ries. Ne dit-on pas d’ailleurs de quelqu’un d’épanoui qu’il « rayonne » ?

  • Com­ment faire pour médi­ter ?

Rien ! Parce que jus­te­ment, médi­ter, c’est essayer de ne rien faire d’autre que d’être atten­tif à ce qui est, d’être là, tout sim­ple­ment.

  • Eh bien, essayons, juste une minute !

Choi­sis­sez l’un de vos cinq sens. Et soyez juste atten­tif à la sen­sa­tion. Obser­ver un pay­sage, res­pi­rez une fleur, écou­tez une musique, cares­sez un tis­su, man­gez quelque chose… Soyez juste, pro­fon­dé­ment, pré­sent à cela.

Et obser­vez ! Sans juger  comme par exemple « c’est beau, j’aime cela ! », sans éti­que­ter « cette fleur est une rose… »,  juste être pré­sent…

  • Alors ? avez-vous été pré­sent, pen­dant une minute, sans pen­sées inop­por­tunes, sans pro­jec­tions dans l’avenir ? Com­ment avez-vous vécu ce moment ? Ce n’est pas simple n’est-ce pas…

L’assise, fondation de la méditation

La médi­ta­tion, c’est dans la tra­di­tion taoïste *  :

  • Etre assis dans le calme – Jing Zuo  靜坐 ,
  • S’asseoir et s’ou­blier –  Zuo Wang 坐 忘 ,
  • Entrez dans l’im­mo­bi­li­té – Rujing 入靜,
  • Gar­dez le Un – Shouyi 守一,
  • Le jeûne du Coeur/Esprit – Xinz­hai 心齋

S’as­soir dans le calme et ne rien faire d’autre qu’être pré­sent à soi-même puis s’ou­blier… C’est un ren­dez-vous quo­ti­dien, avec votre meilleur ami, celui que vous sou­hai­tez ren­con­trer vrai­ment, et qui sera tou­jours là avec vous : vous-même.

Ce qui est un impor­tant, c’est que ce ren­dez-vous quo­ti­dien vous per­met­tra de mieux vous connaître, de vous re-connaître, de com­prendre petit à petit vos méca­nismes, les émo­tions qui vous agitent, les pen­sées qui vous per­turbent, les peurs qui vous restreignent.

S’asseoir, faire silence, trou­ver le calme et obser­ver : vos réac­tions, vos émo­tions, votre état, tout ce qui sur­vient. Au début, vous êtes dans la dua­li­té : il y a vous, (sujet) et ce que vous obser­vez (votre res­pi­ra­tion par exemple). Puis, avec répé­ti­tion et pra­tique, petit à petit, vous ne faites plus qu’un avec votre res­pi­ra­tion, sujet et objet fusionnent, vous quit­tez la dua­li­té pour vivre l’unité.

La quiétude et le silence

On ne « devient » pas calme ! Nous sommes tous calmes… sous notre agi­ta­tion !

Quand vous êtes dépri­mé, vous vivez dans le pas­sé.
Quand vous êtes anxieux, vous vivez dans le futur,
Quand vous êtes heu­reux, vous vivez dans le pré­sent.

Lao Tseu

Sou­ve­nez-vous, dans le sym­bo­lisme du Yin et du Yang : Le Yin est constant, stable, et à l’intérieur. le Yang est mou­vant, instable et à l’ex­té­rieur.

Le calme est votre noyau, il suf­fit d’enlever ce qui l’entoure pour le retrou­ver : quand vous cher­chez le silence chez vous, vous fer­mez les fenêtres, cou­pez le télé­phone et la télé­vi­sion, et le silence réap­pa­raît quand le bruit dimi­nue…

Méditation et posture

Pour retrou­ver la quié­tude, cet état de silence inté­rieur, c’est la même chose, rédui­sons notre agi­ta­tion. Mais, me direz-vous, il est plus facile d’éteindre la télé que de cou­per mes pen­sées inces­santes !

Pra­ti­quer, et encore pra­ti­quer, voi­là le che­min de la médi­ta­tion. Cette atten­tion per­met de nour­rir le quo­ti­dien, de don­ner de l’ex­tra­or­di­naire à chaque moment de vie, puis­qu’il est unique. Notre vie a la valeur que nous lui don­nons. Cal­mer l’a­gi­ta­tion, écou­ter, accueillir ce qui est, per­met aus­si de  limi­ter ain­si notre stress. Ce n’est pas facile, mais vous n’avez pas appris à mar­cher en un jour ! Le che­min vers Soi est fait de tous petits pas.

Chaque moment de silence était un miroir où l’âme appa­rais­sait, tan­tôt légère et confiante, tan­tôt grave et meur­trie.

Tahar Ben Jel­loun

Nos pro­chains articles sur  la médi­ta­tion abor­de­rons les méthodes tra­di­tion­nelles ain­si que les effets thé­ra­peu­tiques de la médi­ta­tion.

* Ces tech­niques de médi­ta­tion taoïste seront décrites en détail dans nos pro­chains articles.

Mohammed Saïah

Auteur / Enseignant de Qi Gong - Nei Gong chez Atelier Qiétude
Passionné par la tradition chinoise et les arts énergetiques de préservation de la santé (Yang Sheng) j'anime ce site et écris des articles sur le site de l'Atelier Qiétude (www.cours-qigong.fr) quand je ne suis pas en train d'enseigner le Qi Gong / Nei Gong à Nantes.

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