Constance, modération et globalité

Lors de notre voyage en Chine, nous avons eu la chance de pas­ser trois jours au monas­tère de Huang Daxian et de rece­voir des ensei­gne­ments de plu­sieurs moines taoïstes.

Nous ne join­drons pas de pho­to du prêtre Dan Zhon­gyi qui ne désire pas être pho­to­gra­phié, comme la plu­part des moines taoïstes authen­tiques d’ailleurs. Il applique l’art de « l’in­vi­si­bi­li­té », cher au moine taoïste tra­di­tion­nel. En effet, se mettre en avant est contraire aux pré­ceptes des prêtres taoïstes qui ne dési­rent pas culti­ver leur image et ego. Voi­ci le résu­mé de nos entre­tiens avec Dan Zhon­gyi :

Dans une salle du monas­tère, ouverte sur la forêt, nous nous ins­tal­lons « sage­ment » avec nos petits cahiers pour le cours à venir. Mais cela ne se passe pas comme cela avec Dan Zhon­gyi !

«  Que veulent-ils savoir ?  » demande-t-il gaie­ment à notre guide.

Il choi­sit ain­si de répondre à nos ques­tions, car le Yang Sheng n’est pas un savoir, mais avant tout une pra­tique concrète  !

Voi­ci le résu­mé des réponses à nos ques­tion­ne­ments :

 Qu’est-ce-que le Yang Sheng  ?

Yǎng (养) signi­fie nour­rir, don­ner nais­sance et éle­ver.

Shēng (生) veut dire Vie. Le Yang Sheng n’est pas une tech­nique mais une façon de vivre, de res­pi­rer, de man­ger, de se vêtir, de se com­por­ter et d’éliminer ce qui ne nous convient pas, pra­ti­quer le Qi gong ne suf­fit pas !

A un moment don­né, avec l’aide de la pra­tique, le meilleur de nous va fleu­rir  et don­ner l’é­lé­va­tion. C’est le sens de Yang.

Quelles sont les meilleures conditions pour la pratique ?

  • Horaires : les moments de trans­for­ma­tion du Qi, soit de 5.00 à 7.00 – 11.00 à 13.00 – 17.00 à 19.00 – 23.00 à 1.00
  • Évi­ter les éner­gies per­verses cli­ma­tiques (vent, chaud, froid, orage, humi­di­té..)
  • Asso­cier le Xing et le Ming dans la pra­tique (notion trop com­plexe à détailler dans le contexte de ce article), qu’il asso­cie au corps et à l’âme ou esprit : Faire rayon­ner l’âme dans le corps, ren­for­cer le corps pour nour­rir l’âme.

Qu’est-ce-que le Dao ?

Maître Dan Zhon­gyi nous offre un exem­plaire le Lao Tseu (Dao de Jing) en chi­nois. Et nous explique très sim­ple­ment le texte par sa pre­mière phrase.

«  Le Dao qui peut s’é­crire n’est pas le Dao  ».

Tout le reste du texte n’est qu’une ten­ta­tive d’ex­pli­ca­tion et de défi­ni­tion du Dao …qu’on ne peut pas défi­nir ! Si on défi­nit le Dao, on sort du Dao. Le Dao est une vision du monde dans son inté­gra­li­té, et non pas en le mor­ce­lant. Ce mode de pen­sée fonc­tionne par ana­lo­gie pour aider à com­prendre les choses dans leur ensemble, en évi­tant de les seg­men­ter. On cherche à appré­hen­der la glo­ba­li­té du monde par l’in­té­rio­ri­sa­tion et l’ex­pé­ri­men­ta­tion.

 Comment pratiquer avec le Dao De Jing ?

Ce n’est pas un livre à lire comme un roman !

Juste en lire une phrase, len­te­ment pour s’en impré­gner. Puis pra­ti­quer son Qi Gong et finir par la médi­ta­tion. Répé­ter cela le matin puis le soir, et bien sûr res­pec­ter aus­si les règles de vie du Yang Sheng.

Il faut pra­ti­quer avec régu­la­ri­té et constance, et en régu­la­ri­sant ses émo­tions, trou­ver un état de calme.

La trans­for­ma­tion alchi­mique s’o­père d’elle-même : le Jing se trans­forme en Qi puis en Shen spon­ta­né­ment. Nous ne pou­vons pas le déci­der.

Quel Qi Gong pratiquer ?

La forme n’est pas impor­tante, ce qui est impor­tant c’est de com­prendre ce qu’on en fait.

«  Vous connais­sez déjà des mou­ve­ments ? » nous demande-t-il .

«  Alors c’est par­fait, conti­nuez à les pra­ti­quer !  »

Comment pratiquer la méditation ?

Le mou­ve­ment est impor­tant, car il per­met de faire sor­tir le Qi per­vers des organes. On peut aus­si uti­li­ser les sons. Il faut arri­ver à une légère trans­pi­ra­tion pour que cela sorte. On doit tou­jours s’é­chauf­fer par le mou­ve­ment, avant de s’ins­tal­ler dans la médi­ta­tion.

 Comment réguler ses émotions ?

«  Essayer d’être dans un état de calme pen­dant 24 h. Vous obser­ve­rez un grand chan­ge­ment !  »

Les émo­tions ? C’est comme l’eau d’un grand tor­rent, il faut apprendre à la cana­li­ser. Les émo­tions sur­gissent de notre inter­ac­tion avec les autres et les choses. Et c’est par cette rela­tion que l’on peut se connaître et se construire. On peut les cana­li­ser par l’ob­ser­va­tion et l’ex­pé­ri­men­ta­tion sur soi-même.

Pour Dan Zhon­gyi, tout ce qui nous arrive est une consé­quence de quelque chose que l’on a fait et cela nous revient. On sait donc que si on réagit, cela va encore nous reve­nir. Quand on a com­pris que tout vient de nous-même, alors le cycle s’ar­rête et on régule plus faci­le­ment son émo­tion.

L’être humain se construit donc dans sa rela­tion aux autres, car nous ne sommes pas sépa­rés mais un seul être. A nous de construire des rela­tions har­mo­nieuses. Mais il n” y a qu’en expé­ri­men­tant les émo­tions par la rela­tion que l’on peut apprendre à les cana­li­ser. Une fois qu’on a com­pris com­ment on déclenche une émo­tion, il est alors ensuite plus facile d’é­vi­ter de la sus­ci­ter.

Le temple Huang Daxian (Chine) Crédits photo : Mohammed Saïah

Le temple Huang Daxian (Chine) Cré­dits pho­to : Moham­med Saïah

A quoi servent les récitations entendues lors des offices ?

Lire un texte à voix haute ajoute une vibra­tion. Dans la prière on uti­lise le corps, la vibra­tion et la pen­sée. Les réci­tions des man­tras sont des appels aux forces arché­ty­pales de l’u­ni­vers. Elles peuvent alors nous ensei­gner et nous faire évo­luer, atteindre une com­pré­hen­sion glo­bale et non pas intel­lec­tuelle du monde.

Quelle est la différence entre bouddhisme et daoïsme ?

Les boud­dhistes cherchent à com­prendre ce qui se passe après la mort. Les prières se font face à l’ouest ( soleil cou­chant ). Les daoïstes cherchent à com­prendre la vie, mais n’ont pas d’in­té­rêt pour se qui se passe après. Les prières se font face à l’est (soleil levant).

Pour conclure

Tout paraît si simple quand nous sommes avec Dan Zhon­gyi !

Il nous a, en quelques mots et beau­coup de sou­rires, don­né des clefs pour gran­dir et évo­luer :

  • Ce qui est impor­tant, c’est la constance, la régu­la­ri­té, la fidé­li­té à une pra­tique, la répé­ti­tion.
  • La pra­tique ne suf­fit pas, il faut aus­si res­pec­ter les  règles de vie du Yang Sheng.
  • Il faut tout d’a­bord net­toyer les canaux d’éner­gie par la régu­la­tion de l’a­li­men­ta­tion et des émo­tions.
  • Trou­ver une voie modé­rée, en limi­tant les excès (dou­leur, émo­tions) dans le res­pect de soi et des autres.
  • Envi­sa­ger le monde dans une vision glo­bale qui s’ap­pré­hende par ana­lo­gie et immer­sion plu­tôt que par l’in­tel­lect.

Mais est-ce vrai­ment si simple ?

A nous de mettre en pra­tique main­te­nant ses ensei­gne­ments…

Mohammed Saïah

Auteur / Enseignant de Qi Gong - Nei Gong chez Atelier Qiétude
Passionné par la tradition chinoise et les arts énergetiques de préservation de la santé (Yang Sheng) j'anime ce site et écris des articles sur le site de l'Atelier Qiétude (www.cours-qigong.fr) quand je ne suis pas en train d'enseigner le Qi Gong / Nei Gong à Nantes.

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